Labyrinthes & tentacules : entretien avec Erwann Surcouf [Newsletter #7]

Erwann Surcouf nous raconte son lien avec la revue, son rapport au jeu, et la manière dont il a réinventé Jessie, mascotte historique appelée à revenir !


Auteur de BD et illustrateur, Erwann Surcouf navigue entre science-fiction burlesque, aventure post-apocalyptique et récits numériques. De Pouvoirpoint aux Sauroctones, en passant par Été et la série jeunesse Missions à tous les étages chez Bayard Jeunesse, il construit des mondes où le dessin donne immédiatement envie d’explorer. Nourri très tôt par Jeux & Stratégie, il a repris Jessie, la mascotte historique créée par Claude Lacroix, et participera au premier numéro de la revue.

Dans cette courte interview, il raconte son profil de joueur, sa manière de réinventer Jessie, son rapport au beau dans le jeu, et ce que Jeux & Stratégie a représenté pour lui : une revue intergénérationnelle, formatrice, capable de donner envie de jouer, de dessiner, d’écrire — et parfois même de susciter des vocations.

Jeux & Stratégie, ça représente quoi pour toi ? 

Ça représente une grande partie de ce qui m’a construit, en tant que dessinateur, narrateur, joueur ! Mon père était abonné depuis le premier numéro en 1980, et le lisait surtout pour les énigmes de logique, les problèmes d’échecs, et les tutos de programmation sur Commodore 64.

Tout ça me barbait royalement, et je n’ai commencé à m’intéresser à la revue qu’en découvrant dans le numéro 20 la présence de labyrinthes étranges et complexes, qui mêlaient des illustrations stupéfiantes avec des textes en chapitres me rappelant les Livres dont vous êtes le héros que je lisais avec ma mère. Les premiers étaient conçus par Bernard Myers et Didier Guiserix, mais rapidement Philippe Fassier a pris le relais, et c’est à partir de Féodédal, son premier grand labyrinthe sur une double page dans le numéro 28, que j’ai commencé à en créer moi-même de manière obsessionnelle. J’avais 8 ou 9 ans et je ne dessinais plus que des labyrinthes dont vous êtes le héros ! Pour moi ce fut la meilleure école imaginable pour dessiner et écrire, deux choses que je n’ai plus arrêté de faire par la suite : aujourd’hui je fais de la bande dessinée, et je conçois des labyrinthes dont vous êtes le héros pour les éditions Bayard.

A mes yeux, tout ça résume vraiment bien Jeux & Stratégie : une revue intergénérationnelle, capable de susciter des vocations.

C’est quoi ton profil de joueur ?

Je suis le genre de joueur qui manque de temps pour jouer ! 

Plus jeune, j’ai beaucoup pratiqué les wargames et les jeux simulationnistes interminables, mais le jeu de rôle narrativiste et l’âge sont passés par là, et aujourd’hui je préfère les jeux moins complexes ou techniques, qui rassemblent les gens plutôt qu’ils ne les antagonisent. Et puis je ne suis pas un joueur très calculateur ni très rigoureux, j’aime le chaos, l’imprévu, l’improvisation.

Tu es l’auteur de la nouvelle Jessie, la mascotte de Jeux & Stratégie : comment tu l’as réinventée ?

Cette pieuvre est une excellente trouvaille de feu le dessinateur Claude Lacroix en 1985 : elle apparaît d’abord timidement dans le numéro 31 pour animer de manière ponctuelle quelques rubriques, puis de plus en plus fréquemment au fil des jeux et des articles, jusqu’à avoir son propre édito à partir de la nouvelle maquette dès l’année suivante.

Elle est suffisamment caractéristique pour se démarquer, et en même temps assez malléable pour qu’on puisse la mettre dans toutes les situations possibles, comme on customiserait un jouet en plastique avec des accessoires.

Même si je l’ai adaptée à mon style, à mon trait, j’ai conservé ses quatre tentacules ; je me rappelle avoir lu à l’époque qu’ils avaient fait le choix de ne pas lui faire huit bras par souci de simplicité, un peu comme Mickey avant eux ou les Simpson plus tard qui n’ont que quatre doigts. En plus, cette anthropomorphisation participe à son identification par les lecteurs.

Mais contrairement à l’ancienne Jessie qui avait des grimaces très expressives, j’ai pris le parti de ne pas lui faire de bouche ! Puisque de toute façon elle est muette, je préfère faire passer les émotions par le regard, les tentacules, ses postures.

Entre un jeu magnifique mais moyen, et un excellent jeu graphiquement raté, lequel gardes-tu ?

Bien sûr, même si le graphisme et les illustrations vont primer dans mon envie d’aller vers un jeu, et font partie intégrante de l’expérience, au final je garderai le jeu intéressant, stimulant, innovant, surprenant, plutôt que celui qui cache sa banalité ou sa médiocrité sous des apparences flatteuses. Comme n’importe quelle œuvre, finalement !

Ensuite, qu’est-ce que le beau, le laid… Je préférerais toujours aller à tel événement dont l’affiche avec une image pas ouf et une typo improbable a été faite avec le cœur, le cerveau et les mains, qu’à tel autre dont le visuel a été pondu par une IA générative.

Retrouvez l’actu d’Erwann sur son Insta !